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(Exposé des élèves de 6e Humanités Pédagogiques)

Année scolaire 2004 – 2005

MOT D’OUVERTURE

Mesdames, Messieurs, distingués invités , bonjour.

Comme il est de coutume aux Gazelles, la classe de 6e des humanités pédagogiques a l’occasion de présenter un exposé de son choix. Cette année, la classe a choisi un sujet d’actualité qui, j’ose croire, ne vous laissera pas indifférents. Sans plus tarder je vous laisse découvrir ce sujet avec les interventions de mes camarades ici présents.
Merci pour votre attention.
AGITO-MENDES Marianne      

Notre exposé porte sur : Les enfants soldats ou les enfants associés aux forces et groupes armés
En quoi réside l’importance d’un tel sujet ?

Les enfants associés aux forces et groupes armés pour quel intérêt ?
Vu la situation actuelle de guerre que traverse notre pays, la région des Grands Lacs ainsi que certains pays d’Afrique (Soudan, Somalie, Libéria, Erythrée, Sierra Leone, Côte d’Ivoire) et compte tenu de mauvais traitements qu’on exerce sur l’enfant en violation des droits de l’enfant, nous nous sommes proposés d’examiner ce sujet des enfants soldats dans le but de sensibiliser les politiques, les parents, les enfants, l’armée, ….
Cela nous a fort touché du fait qu’un tel phénomène passe dans l’indifférence des gouvernants et de la population.
Pour réaliser ce travail, nous avons procédé de la manière suivante :
• Chacun de nous a lu et résumé un de deux ouvrages relatifs aux enfants soldats ; il s’agit de « La petite fille à la kalachnikov », un récit autobiographique de China Keitetsi avec comme sous titre « Ma vie d’enfant soldat » publié en 2004 aux éditions GRIP. La première édition a paru en 2002 sous le titre de « Mit live some borne soldat in Uganda ».
Le deuxième ouvrage est « Allah n’est pas obligé » du célèbre écrivain africain Ahmadou Kourouma.
• Nous ne nous sommes pas arrêtés aux deux ouvrages, des informations ont été recueillies auprès du Centre Lokole, une ONG chargée des droits de l’enfant et de paix, puis à la Commission Nationale de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (CONADER en sigle). Nous avons même eu la chance d’avoir un des Directeurs de la CONADER,
M. PILIPILI, qui nous a parlé des objectifs de la CONADER.
• Enfin, nous avons effectué une mise en commun et la rédaction du travail s’en est suivie.
NDIBU wa NDIBU

PRESENTATION DES AUTEURS

Je m’en vais, pour ma part, vous présenter les auteurs des livres que vient d’annoncer mon condisciple.

1. China Keitetsi
« La petite fille à la kalachnikov » est une autobiographie. China Keitetsi, de nationalité ougandaise, est une ex-enfant soldat démobilisée, d’origine Tutsi. Elle n’est pas très connue dans le monde des écrivains : c’est le premier livre qu’elle publie.

2. Ahmadou Kourouma
Célèbre écrivain ivoirien né en 1927 à Tokobal et mort le 12.12.2003 en France à Lyon. Il a écrit plusieurs ouvrages dont le plus célèbre reste « Le Soleil des Indépendances » publié en 1975. A part ces deux ouvrages, il a publié :
– Monnè outrages et défis
– En attendant le vote des bêtes sauvages
– Allah n’est pas obligé.
Expulsé de l’ex-Soudan français en raison de ses activités politiques, il accomplit une bonne partie de son service militaire en Indochine avant de regagner Paris, puis Lyon où il suit les cours à l’Institut des actuaires, spécialisé dans les problèmes d’assurance et de prévoyance. Soupçonné de mener des actions subversives, à son retour en Côte d’Ivoire, il passera la grande partie de sa vie en exil.
MABIDI MOKANSWE


La petite fille à la kalachnikov
A la suite de ce que ma camarade vient de dire, je me concentrerai particulièrement sur le contenu du livre « La petite fille à la kalachnikov ».C’est une autobiographie, comme on l’a précédemment dit. C’est une petite fille ougandaise d’origine Tutsi qui vit dans une ferme avec son père et sa grand-mère. Sa mère l’a quittée alors qu’elle n’avait que six mois. Son père, est un homme très respecté dans le village mais il abuse de son pouvoir pour faire souffrir ses ouvriers, ses voisins, voire sa famille et surtout sa fille. Il sera détesté et haï de tous.
Etant tutsie, China a du mal à se faire des amis parce que les Tutsis sont considérés comme des ennemis en Ouganda à l’époque de Obote. China passe plus de temps avec sa grand-mère qu’elle considère comme un bourreau. Son père se rendait chaque fois en ville. Dans ses allers et retours, il revient avec une nouvelle femme : c’est un nouvel enfer qui s’annonce pour China. Sa belle-mère la prive très souvent de nourriture et parvient à entraîner le père de China dans ses entreprises. Celui-ci passe son temps à rosser sa fille. Quelques temps après, China et sa famille quittent la ferme pour la ville. Là, elle retrouve ses frères et sœurs avec qui elle s’allie contre leur belle-mère.
En 1982, Milton Obote, président de l’Ouganda, incite la population à chasser les Tutsis. Ainsi, la famille de China n’est pas épargnée. La ferme est pillée. Ils sont obligés de se cacher dans une autre petite ferme. La situation se calme au bout d’une semaine. Un jour, elle rencontre une dame qui lui donne l’adresse de sa vraie mère mais China a peur d’aller à sa rencontre craignant les représailles de son père. Elle tente de s’enfuir pour la première fois mais un homme la reprend et la ramène chez son père. Celui-ci la tabasse, la laissant à demi morte. Coups et blessures étaient devenus son lot quotidien. C’est en 1984 qu’elle décide de s’enfuir. Elle lui indique le chemin et lui fournit un billet. En route, elle rencontre un monsieur qui affirme connaître sa mère et la conduit auprès de celle-ci. Mais China ne se sent pas à l’aise auprès de « cette femme ». Elle s’enfuit pour une destination inconnue.
Elle se met à marcher sans savoir où elle va. Elle est interpellée par un groupe de soldats qui lui font passer un interrogatoire serré après quoi, ils lui intiment l’ordre d aller se coucher. Le lendemain, elle se réveille en sursaut et se retrouve au milieu des enfants en uniforme. C’est là que commence sa vie en tant qu‘enfant en uniforme. Elle a alors 10 ans. Elle participe à ses premières activités militaires. Sa toute première mission était de distraire un camion de l’adversaire. Elle, et ses amis devaient faire semblant de jouer sur le sable. Lorsque le camion s’arrêterait, leurs commandants tireraient. Elle voit ses amis tomber sur le champ de bataille mais elle ne peut ni abandonner ni reculer parce que là, on leur a appris à refouler leurs sentiments. China et ses amis avaient une allure d’enfant mais à l’intérieur, c’était un cœur de pierre. Elle réussit à s’enfuir de l’armée pour retrouver sa mère.
Pendant un moment, elle reste avec elle, reprend le chemin de l’école mais n’arrive pas à réintégrer dans la vie civile parce qu’elle est déjà imprégnée de la vie militaire. Elle attrape une grossesse et met au monde. Elle vivra difficilement sa vie de mère malgré le soutien du père de l’enfant, un commandant qui mourra assassiné. Elle retourne dans l’armée chaque fois qu’elle se dispute avec sa mère. Plusieurs fois, elle se voit confier un petit poste de responsabilité dans l’armée grâce à ses relations. Elle y subit plusieurs sévices : fait la prison, endure tortures et viols.
Finalement, elle parvient à quitter l’armée. Mais son calvaire n’est pas pour autant terminé. Elle veut se rendre au Kenya ; pour cela, elle vend les vaches de son père à son insu et s’y rend. Elle est obligée d’abandonner son fils dans la famille de son copain. Du Kenya, elle tente d’obtenir un visa pour les USA mais il lui est refusé. Elle rencontre un vieux camarade de l’armée qui l’aide à atteindre la RSA le 09 août 1995. Elle vit difficilement et travaille dans une boîte de nuit. Elle tombe enceinte et met au monde un deuxième enfant qu’elle est aussi obligée d’abandonner. Piégée et attrapée par les services secrets ougandais, elle subit des tortures atroces.
Quatre ans après, abandonnée à elle-même au désespoir, elle se rend au bureau du Haut Commissariat aux Réfugiés, espérant une aide. Heureusement, son vœu est exaucé. Burt, un agent du HCR, l’aide à se rendre au Danemark où elle arrive le 21 juin 1999, accueillie par un couple de diacres danois qui, non seulement la prend en charge, mais aussi l’aide à écrire ce livre afin de se libérer de cette peur qui la hante continuellement. Elle suivit des séances avec des psychiatres pour guérir totalement de ce traumatisme. Actuellement, elle parcourt le monde, tient des conférences pour crier tout haut la souffrance des enfants soldats.
KAMBA TSHALA

Allah n’est pas obligé
C’est un roman dont le récit campe à la fois en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone au Libéria, deux pays ravagés par la guerre civile. C’est le récit d’un enfant –soldat orphelin jeté sur les routes d’Afrique de l’Ouest (Libéria ,Sierra Leone) à feu et à sang. Birahima le narrateur de ce roman a douze ans et retrace son itinéraire d’enfant –soldat d’Afrique contemporaine. Du Liberia en Sierre Leone, il raconte comment les enfants de son age sont tués à cause des intérêts égoistes des politiciens.
Birahima vit avec sa mère souffrante d’un ulcère qui ronge ses jambes depuis de longues années. Tous les moyens étaient mis en œuvre afin de guérir la mère de Birahima, mais tous ces efforts étaient vains, car elle continuait toujours sur ses fesses. Birahima grandira alors avec sa mère et sa grand-mère,car le papa est toujours absent.
Quelques temps après , la mère de Birahima meurt et ce dernier est désormais entre le bonnes mains de la grand-mère. La grand-mère décide d’envoyer Birahima en Sierra Leone auprès de la tante Mahan, afin qu’il puisse poursuivre ses études. Qui accompagnera Birahima ?
La miséricorde d’Allah est insondable, car il envoie Yacouba un féticheur escroc réputé dans le blanchiment des billets de banque. Yacouba poursuivi par la justice ivoirienne, décide de s’enfuir en Sierra Leone. Etant donné que Yacouba est un ami de la famille et qu’il a beaucoup assisté la mère de Birahima de son vivant, la grand-mère est sure de confier son petit fils entre les bonnes mains. C’est le départ. La grande séparation, les adieux s’accompagnant des pleurs.
Ils effectuent le voyage dans un camion bondé de personnes qui se déplacent pour diverses raisons. Dans l’itinéraire, il faut passer par la Guinée, le Liberia, pour enfin aboutir en Sierra Leone. Après la Guinée, le camion arrive au Liberia où l’on ordonne à tout le monde de descendre car le Capitaine Kid, enfant –soldat avait été sauvagement abattu. L’heure de la vengeance avait sonné.
Les choses prenant une tournure tragique, Birahima se voit dans l’obligation d’intégrer l’armée du NPFL afin d’assurer ses arrières. Et Yacouba, escroc féticheur est engagé par le chef militaire. Son travail au sein de l’armée consistera à transformer les balles de l’ennemi en eau.
Dans le camp du NPFL, les enfants-soldats sont mal vêtus et consomment abusivement la drogue à la place du lait. Ces enfants à kalachnikov ont la gâchette facile, du reste ils ne savent que tirer et rien d’autre. Mais Allah n’est pas obligé d’intervenir pour la cause de ces enfants misérables, parce qu’il fait tout ce qu’il veut et personne ne l’oblige à faire quoique ce soit.
Chaque jour est synonyme de nouvelles galères pour les enfants. Cependant il est à noter que ces organisateurs des guerres envoient leurs enfants à l’étranger poursuivre de brillantes études et se servent des enfants des pauvres citoyens. Dans NPFL, une enfant–soldat marquera fortement Birahima. Il s’agit de Sarah, une fille âgée de treize ans pour qui la drogue et la satisfaction sexuelle sont de premier ordre. Comment Sarah est-elle arrivée à l’armée ?
Fille d’un marin, qu’elle ne verra jamais. Sarah grandira heureusement avec sa mère. Après la mort de cette dernière, Sarah ira vivre auprès de sa tante qui lui fait vivre un véritable enfer. Dans le souci d’en sortir, Sarah opte pour la rue. La rue fut pour elle la voie vers l’armée, ou l’enfer proprement dit.
Après la mort du colonel Papa le bon, sauvagement abattu, plus rien n’existe, chacun suit sa direction. Birahima, Yacouba et Sarah se dirigent vers le Nord. A cause de ravages causées par le haschich, la pauvre Sarah d’une grande beauté sera touchée et grièvement blessée en forêt. Ne sachant que faire d’elle, la bande sera dans l’obligation de l’abandonner au cœur de la forêt, à la merci des bêtes sauvages. Elle a beau crier et pleurer, la bande ne peut plus faire marche arrière.
Dans leur voyage, Birahima, Yacouba et d’autres enfants-soldats arrivent finalement chez ULIMO(Mouvement de L’Unité Libérienne). Là, les enfants-soldats sont bien « entretenus«  et ont un salaire. Ça veut dire qu’ils ont de belles tenues, des kalachnikovs neufs et touchent à peu près 100$ par hasard, qui sont entièrement dépensés dans la drogue. Un enfant-soldat ne doit pas manquer la drogue sinon il est foutu.
A Sanniquelie, la gestion est confiée à la sœur jumelle du président Samuel Doe, Onika Baclay. Celle-ci assure la gestion de cette ville aurifère avec son fils Johnny Baclay et ses trois femmes. Dans le camp des enfants-soldats, Birahima est choyé par l’une des femmes de Johnny Baclay qui se permet même d’avoir des relations sexuelles avec Birahima en l’absence de son mari. Yacouba est désormais le féticheur incontesté d’Onika.
Après une opération militaire à l’intérieur, où plusieurs enfants-soldats sont morts, Onika apprend que la Sanniquelie est occupée par NPFL avec toute la logistique s’y trouvant. Quelle perte pour Onika qui avait pour dieu l’or et l’argent ! Parmi ces enfants tués, Birahima reconnaît Johnny la foudre, et il raconte comment ce petit s’est trouvé dans l’armée pour y mourir comme un vulgaire chien. Un jour, alors que Johnny la foudre revenait de l’école, il ne trouva personne en vie. Son père sauvagement égorgé, sa mère et ses sœurs sauvagement violées avec comme récompense pour chacune une baïonnette dans l’appareil génital. Dans un foutu pays comme le Libéria, quand on n’a plus de parents, qu’est-ce qu’on fait ? La seule issue, c’est de devenir un enfant-soldat pour qu’à son tour, on tue, poignarde et viole. A voir ce Johnny d’autre fois et celui d’aujourd’hui… il est véritablement tué comme un chien puant, mais là aussi Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes le choses qu’il a créées ici-bas.
Avec son petit gouvernement, Onika rejoint les siens vers le Nord et Birahima et Yacouba vont vers le Sud, toujours recherchant la tante Mahan, la mère du cousin Mamadou, le médecin qui a envoyé Saydou rechercher sa mère. Mamadou a promis un million de FCFA à Saydou s’il retrouvait sa mère. Après de nombreuses investigations, ils découvriront que la tante Mahan était déjà morte de la malaria. Birahima regrettait pour sa vie, Yacouba faisait toujours confiance à son Allah et Saydou n’arrêtait de penser à son million de FCFA qu’il ne pourra plus avoir, parce que la tante est déjà morte.
A la frontière, Birahima voit le cousin Mamadou le docteur qui va partir avec lui et Yacouba. Birahima raconta alors son infortunée vie à Mamadou. Il donnera le nom de son récit : « …Allah n’est obligé d’être juste dans toutes lesqu’il a créées ici bas… »
MUMBATA Désiré

Qui appelle-t-on enfant soldat ?
Après la présentation et l’analyse des ouvrages cités, nous voici au cœur du problème : Enfants Associés aux Forces ou Groupes Armés ou « enfants soldats ».
Est ainsi appelé, toute personne mineure enrôlée de gré ou de force dans les forces ou groupes armés. Actuellement, on parle plus des enfants associés aux forces ou groupes armés, car il faut signaler qu’il n’y a pas que les enfants comme soldats, c’est-à-dire comme unités combattantes, mais les enfants assument aussi des tâches comme cuisiniers, messagers, espions, transporteurs de munitions, esclaves sexuels (pour le cas de filles surtout).
Outre ces raisons, les enfants enrôlés accompagnent les groupes armés pour raisons familiales. En fait, comment se fait cet enrôlement ? Deux types principalement : l’enrôlement volontaire et forcé.
Très souvent, les enfants sont tentés par ce qu’on leur promet de l’argent à la place de la misère dans laquelle ils croupissent (le cas de Ruffin Luliba à qui on a promis une carrière florissante de footballeur professionnel. Actuellement il est un enfant démobilisé et président des enfants démobilisés de Bukavu).
Parfois, c’est pour des raisons d’affirmation. Ce sont des enfants qui sont à la recherche d’une identité et qui trouvent leur place en tant qu’enfant soldat dans l’armée (le cas de Birahima, le héros de «Allah n’est pas oblige »).
Pour d’autres, c’est le désir de vengeance qui les pousse à prendre les armes (cas du Rwanda). Un membre de la famille tué ou la famille entière décimée, l’enfant est ainsi à la merci des bandes armées.
Enfin, la famille étant très pauvre, elle vend ses enfants pour raisons de fierté. Signalons tout de suite que ce cas est plutôt rare.
Il convient de dire également que l’enrôlement est généralement forcé. Les armées savent manœuvrer efficacement pour recruter un enfant. La plupart du temps, les militaires kidnappent les enfants au sortir de l’école, des stades, de l’église, et dans la rue. Le recrutement intervient souvent à l’âge de 10 ans et même moins.

Mais pourquoi les enfants ?
– Vu la durée que prennent les conflits, les adultes s’usent rapidement, alors on a besoin des jeunes, des nouveaux combattants.
– Ils sont bon marché, rares sont les fois où on les paie.
On peut les former sans peine pour qu’ils se mettent à tuer sans peur car ils voient dans le combat un jeu auquel ils participent.
– Ils ne s’arrêtent ni aux actes posés, ni aux conséquences engendrées.
– Ils obéissent à tous les ordres reçus de leur chef.
– Un enfant soldat n’a ni famille, ni femme, il est moins enclin à déserter.
– Il est loyal envers le chef qui l’accueille.
– Les armes de plus en plus légères sont très facilement maniables par des mains d’enfants.
Pour terminer mon propos, je dirai que le groupe d’enfants vivants dans la rue constitue le groupe cible par excellence pour le recrutement.
KUTISILA ABEKI

Rôle et vie des enfants associés aux forces et groupes armés
Après l’enrôlement, les enfants font parti intégrante de la force ou du groupe armé. Une fois dans l’armée, ils vont subir des rites et une discipline ferme. Les soldats vont leur apprendre à devenir de véritables machines à tuer, les rendant insensibles à la mort et à la douleur. Pour cela, on sème en eux la confusion entre le bien et le mal. Ils deviennent ainsi bourreaux et victimes à la fois.
Ils sont très souvent les témoins des meurtres d’un membre de leur famille ou d’un copain enrôlé dans le même rang. Mais, ils vont également être eux-mêmes contraints à commettre des actes criminels. Pour les endurcir un peu plus, il arrive que ces enfants soient forcés à se badigeonner le corps avec le sang de leur victime et parfois même à le boire.
Certains enfants sont chargés de tâches inhumaines comme l’évoque Ahmadou Kourouma dans « Allah n’est pas obligé ». Des tâches aussi dures que de mettre une abeille dans les yeux d’un patient . On les appelle ‘lycaon’. Ils sont considérés comme des chiens sauvages qui chassent en bande. Ils mangent père, mère, enfant, et tout. Quand ils finissent de se partager une victime, chacun se retire pour se nettoyer. Celui qui revient avec du sang sur le pelage, fût-ce une seule goutte, est considéré comme blessé et est aussitôt bouffé par les autres. Dans les guerres tribales, un peu de chair humaine est nécessaire car elle rend le cœur dur et protège contre les balles. Une calebassée de sang humain revigore, rend féroce et cruel et protège contre les balles sifflantes, peut-on lire dans « Allah n’est pas obligé ».
Bien entendu, l’utilisation de drogue et d’alcool est monnaie courante afin que ces enfants soient plus violents et plus inconscients. C’est ainsi qu’ils vont pouvoir exercer entre autres tâches des missions suicides. Dans « Allah n’est pas obligé », on évoque le cas du colonel Papa le bon, chef d’une milice rebelle qui donnait aux enfants du hasch (chanvre) qui les rendait aussi forts que de vrais soldats.
Les enfants sont également utilisés comme main d’œuvre, espions ou esclaves sexuels. Ils sont, de ce fait, exposés aux maladies sexuellement transmissibles dont le VIH-Sida et à des grossesses non désirées.
Ces jeunes filles sont également chargées de chercher de l’eau, de laver les vêtements de chefs militaires dont elles sont esclaves sexuelles. Une fois enceinte, elles sont jetées hors du camp, livrées à elles-mêmes. Certains n’ont à peine que 13 ans.
Voici le témoignage d’une jeune fille de 14 ans, esclave sexuelle d’un chef militaire d’une troupe de rebelles en Sierra Leone : « De nombreuses fois, j’ai juste crié dans mon cœur parce que je n’osais pas hurler à haute voix ». Dans « Allah n’est pas obligé », on retrouve le cas de la petite fille Fati âgée de 7 ans qui a été violée et assassinée par l’un des commandants de la troupe de rebelles de Charles Taylor dirigée par le colonel Papa le bon.
Ces jeunes apprennent aussi le maniement des armes légères. Les trafiquants d’armes ont tout réduit pour qu’un enfant de 10 ans puisse très facilement monter et démonter des armes et qu’il puisse s’en servir aisément grâce à leur légèreté, leur petite taille et leur mécanisme automatique. Les plus utilisées sont des AK47 et carabines M-16. Mais aussi, à cause de leur manque d’expérience, ces enfants subissent de plus graves accidents qui les mutilent et les paralysent. Le cas de Capitaine Kik dans « Allah n’est pas Obligé », qui par manque d’expérience, a marché sur une pierre et a explosé.
Souvent, on envoie ces enfants voler, piller dans leur propre village. Ainsi, ils sont haïs chez eux et n’auront jamais le désir de fuir l’armée pour rentrer à la maison. Le moindre mécontentement d’un enfant ou la moindre désobéissance de sa part lui coûtera sa vie.
L’E.A.F.G.A. (« enfant associé aux forces et groupes armés » appelé little bees en Colombie, kadogo en RDC, Craps au Rwanda et small-soldiers au Libéria) est un adulte prématuré mais sans avenir car loin des bancs de l’école et sans argent. Ce sont des enfants illettrés ou qui ont rapidement perdu tout ce qu’on leur a appris. Souvent, ils attrapent la malaria ou le SIDA. Drogués, traumatisés, ils souffrent de la malnutrition, n’ont pas de vêtements propres, d’habitation adéquate et ne sont au grand jamais rémunérés.
MOKABA MUMBAY

La démobilisation

Suite à la vie misérable, malheureuse et même inhumaine, suite aux atrocités que subissent ces enfants, qui j’ose croire vous ont bouleversé, il est impératif et nécessaire de les sortir de ce gouffre. D’où la nécessité d’une démobilisation.
Après désarmement le cas échéant et vérification de leur âge, les garçon et les filles de moins de 18ans sortent officiellement des forces ou groupes armés et sont orientés vers des agences de protection de l’Enfant dans leur chemin vers la réinsertion. Parmi ces Agences de Protection de l’Enfant, nous citons : UNICEF, SAVE THE CHILDREN, CICR, DON BOSCO etc.

Comment se déroule le processus de démobilisation ?
Il faut souligner que le désarmement précède la démobilisation, parce que logiquement on ne peut pas démobiliser une personne armée. Vous pouvez aisément imaginer les conséquences.
Et il consiste à récupérer les armes auprès des combattants :
§.En premier lieu, les forces ou groupes armés établissent une liste complète des enfants qu’ils détiennent et qu’ils envoient aux Agences de Protection de l’Enfant, APE en sigle.
§.En second lieu, ces enfants sont soumis à un interrogatoire.
§.Après interrogatoire, on peut certifier si réellement le soldat est un enfant. Si c’est le cas, alors il a droit au programme du DDR pour les enfants, qui consiste à les démobiliser et à faciliter leur retour à la vie civile.
§.Enfin, il y a la prise en charge de l’enfant dans un Centre de Transit et d’Orientation, CTO en sigle, ou il pourra recevoir non seulement une assistance psycho-sociale, mais aussi ou il pourra apprendre un métier.
Notons que les initiatives de démobilisation en RDC ont été signées le 09.06.2001 par le décret-loi/066 signées par Feu le Président Laurent Désiré Kabila. On a alors mis sur pied une organisation inter-ministérielle, le BUNADER, qui sera plu tard remplacé par la Commission Nationale de Démobilisation et Réinsertion, CONADER en sigle, qui est une organisation plus étendue que la précédente. Elle travaille en étroite collaboration avec les autorités civiles et militaires ainsi que des partenaires internationaux et nationaux.
C’est grâce à cette commission que les enfants démobilisés sont orientés dans leur chemin vers la réinsertion. A ce point-là, le travail n’est pas fini car la réinsertion exige un processus, vous l’aurez remarqué dans le récit de China
NDANDU MUJINGA

La réinsertion des enfants soldats

Après le désarmement et la démobilisation, ces enfants ont besoin de se réintégrer dans la société. C’est ainsi que le programme de la réinsertion est mis sur pied. Celui –ci prévoit :
– la recherche et la réunification avec leur famille ou le soutien à une solution alternative .
– la recherche des solutions éducatives ou professionnelles en vue d une réinsertion adaptée .
– une préparation et un suivi pour faciliter leur réintégration parmi les membres de la communauté .
La réintégration des enfants n est pas une récompense. Les enfants ne bénéficient pas des privilèges , mais en tant qu’enfants congolais, ils sont rétablis dans leurs droits. Comme tous les enfants congolais, ils doivent pouvoir bénéficier d une protection contre les violences et abus et recommencer à envisager un avenir serein dans un pays en paix.
Avec votre permission, je vais très brièvement vous parler du programme D.D.R .

1. C’est quoi le D.D.R ?

C’est un programme national de désarmement démobilisation réinsertion qui consiste à :
– Récupérer les armes auprès de combattants
– Démobiliser et faciliter leur retour à la vie civile pour ceux qui n’entrent pas dans l’armée nationale restructurée et intégrée.

2. Pour qui le D. D R ?

– Pour les ex-combattants, le D.D.R offre une alternative à l utilisation de la violence et des armes comme moyen d existence.
– Pour le peuple congolais le D.D.R contribue à la sécurité , à l unité et la stabilité .
– Pour le pays et la région, le D.D.R contribue à la paix et au développement humain durable.

3. Qui est le responsable du D.D.R ?

Le D. D. R est mis en œuvre par la Commission Nationale de Désarmement et Réinsertion
( CONADER), en étroite collaboration avec les autorités civiles et militaires ainsi qui des partenaires internationaux et nationaux.

4. Les D.D.R, C’est pour qui ?

– Pour chaque ex – combattant congolais (homme ou femme ) ayant pris part aux conflits armés entre octobre 1996 et mai 2003 en tant que membre des forces ou groupes armés suivants : FAC, MLC, RCD/g, RDC NATIONAL, RCD- /ML, MAI – MAI,…
– Pour les garçons et les filles de moins de 18 ans ayant été associés aux forces et groupes armés d une manière ou dune autre .
– Pour les combattants handicapés et malades chroniques .
– Pour toutes les personnes désarmées détenant un certificat de désarmement dans le contexte des cadres opérationnels intérimaires.
Voilà présentée en quelques lignes, la structure nationale d’encadrement des enfants-soldats.
NKENDA KUZUNGULU

Situation de enfants associés aux forces ou groupes armés en République démocratique du Congo
Après avoir parlé de la vie d’enfants soldats, de leur démobilisation et de leur réinsertion par les précédents intervenants, posons-nous la question de savoir la situation des enfants associés aux forces ou groupes armés en République Démocratique du Congo.
La région des grands lacs présente le plus grand nombre d’enfants soldats au monde. Sur environ 100000 enfants recrutés et utilisés comme soldats en Afrique en 2001 et en 2004, plus de la moitié se retrouvent dans les grands lacs.
Il est difficile, très difficile même d’indiquer un chiffre précis, mais le nombre total d’enfants soldats en République Démocratique du Congo est évalué à 33000 environ, surtout actifs dans le Nord et l’est du pays.
Les Nations Unies estiment que quelques 15 à 30% de tous les combattants nouvellement recrutés sont des enfants de moins de 18 ans, un grand nombre a même moins de 12 ans. Une récente mission d’Amnesty International en République Démocratique du Congo a découvert que même des enfants de moins de 7ans étaient recrutés par certains mouvements armés actifs dans le conflit. Les enfants de l’est de la République Démocratique du Congo ne bénéficient plus d’une éducation adéquate tel qu’il est reconnu dans la déclaration universelle des droits de l’homme et dans la convention sur les droits de l’enfant.
Malheureusement cette éducation est perturbée chaque fois que de nouveaux conflits réapparaissent. Il est grand temps que le gouvernement renonce à l’utilisation des enfants dans l’armée et tous les groupes armés.
Les enfants ont besoin des stylos à la place des fusils, des ballons au lieu des grenades, des cris de joie à la place des détonations d’armes et des cris de détresse. Des rapports en provenance des territoires de la province du Sud Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo, sont alarmants. Les enfants continuent à être présents dans l’armée, récupérés par les commandants militaires pour exercer ce travail macabre qui les expose à la mort.
Plusieurs organisations des Droits de l’Homme au niveau local, national, et international ont dénoncé ces actes, mais rien ne s’observe concrètement sur terrain en terme de changement. Pendant combien de temps les autorités et commandants militaires continueront-ils à compter sur l’apport des enfants pour leur maintien au pouvoir ? Jusque quand continueront-ils à profiter des enfants pour leur sécurité et ainsi exécuter leur agenda caché ? Ces enfants, n’ont-ils pas droit à la vie, à l’éducation, à la paix et à un environnement sain ? Je vous laisse le soin de méditer là-dessus.
MAYUBA

Dispositions juridiques
En réponse au phénomène extrêmement répandu du recrutement et de l’utilisation des enfants-soldats, surtout dans la région des Grands Lacs, comme vient de l’évoquer mon condisciple précédent, la communauté internationale a ces dernières années, pris un certain nombre d’initiatives pour rassembler des données et rendre compte du recrutement et de l’utilisation des enfants-soldats. De plus, les nomes juridiques internationales consacrent l’illégalité du recrutement et de l’utilisation des enfants soldats.
Pour dissuader l’ensemble des recruteurs en RDC, ceux-ci doivent être présentés à la justice conformément aux normes juridiques internationales développées pour lutter contre l’impunité qui entoure le recrutement des enfants.
Voici quelques normes juridiques en la matière :

 Résolution 1341 (2001) : le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne l’utilisation des enfants soldats et demande qu’il soit mis un terme à toutes les formes de recrutement, de formation et d’utilisation des enfants dans les forces armées.
 Résolution 1355 (2003) demande à toutes les parties de prendre de manière urgente les mesures qui s’imposent pour assurer la protection des enfants et en particulier leur désarmement, leur démobilisation et leur réinsertion.
 Résolution 149(2003) condamne avec force le fait que les enfants continuent à être recrutés en RDC en particulier dans le Nord et Sud Kivu et l’Ituri.
 Article du Protocole optionnel de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant prohibe tout recrutement forcé des enfants de moins de 15 ans dans des forces armées.
 Article 4 du même Protocole indique que les groupes armés qui sont distincts des forces armées d’un Etat ne devraient en aucune circonstance enrôler ni utiliser dans les hostilités les personnes âgées de – de 18 ans.
 Article 3 du Protocole précise que les pires formes de travail des enfants incluent le recrutement forcé ou obligatoire d’enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés.
 Les recrutement et l’utilisation des enfants soldats de – de 15ans dans les conflits armés constituent un crime de guerre aux termes du droit international depuis 1977 (Statut de Rome).
 Le Protocole facultatif au Traité sur les droits de l’Enfant qui s’appuie sur un certain nombre de traités internationaux, a été adopté le 25 mai 2000 par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Ce Protocole interdit le recrutement et la participation à des conflits armés, des enfants de – de 18 ans. Le Protocole est entré en vigueur le 12 février 2002.

Enfin, il est signaler que la RDC, le Rwanda et autres pays des Grands Lacs ont signé et ratifié ces différents protocoles. Mais en pratique, ils ne les respectent pas. Il incombe donc à la population de réclamer son droit.
BOY KIMWAMBA

Conclusion
Etant donné que la situation actuelle des enfants associés aux groupes et forces armées porte atteinte aux droits de l’enfant, nous, enfants, avons jugé bon de crier tout haut ce problème qui mine notre société et dévalorise l’enfant. Aussi demandons-nous aux parents, aux autorités de notre pays, de prendre en mains leurs responsabilités car ceci constitue un frein au développement de notre pays, voire de notre continent.
Cependant, nous ne pouvons passer sous silence les efforts réalisés par les Agences de Protection de l’Enfant et la CONADER dans le but de protéger les enfants. Toutefois, nous n’oublions pas qu’il existe jusqu’aujourd’hui dans notre pays des enfants au sein des forces et groupes armés, raison pour laquelle nous lui demandons au gouvernement de prendre des mesures qui s’imposent. Notre plus cher souhait est que plus jamais il n’y ait des enfants dans l’armée car nous sommes l’avenir, nous sommes l’avenir de notre pays. Pour cela, nous voulons étudier et vivre auprès de nos parents. Et, vous devriez tous savoir que « Profiter ainsi de la naïveté des enfants et anéantir leur dignité revient à détruire l’humanité. ».
Nous vous remercions pour votre attention et attendons questions et réactions de votre part.
AGITO-MENDES Marianne

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