MAKEMBO MATONDO MFUMU Ruth

3eHumanités Pédagogiques

Née à Kinshasa, le 22 mai 2001

Kinshasa, novembre 2015.

 

 

 

Chaque matin avant d’aller à l’école, une fille vient me chercher à la maison. Je m’apprête puis on va à l’école ensemble. C’est notre rituel. Elle s’appelle BOYI KIZITO Ruth. C’est ma meilleure amie. Elle étudie aux Gazelles en troisième des humanités pédagogiques. Ses parents sont BOYI KIZITO et KIMFUTA Marguerite.

Son sport préféré est le tennis. Je n’aime plus ce sport depuis que j’ai reçu une balle de tennis dans l’œil en 4èmeannée primaire. Moi, mon sport préféré est le basket. J’observe souvent les garçons de ma classe jouer au basket. Elle, elle s’ennuie très rapidement. Elle aime le rose, le bleu et le violet. Ce sont ses couleurs préférées. Moi j’aime les couleurs rose et bleu aussi comme elle.

On a un bon nombre de choses en commun, en commençant par le prénom. BOYI et moi avons le même prénom et le même âge. On étudie aux Gazelles depuis la maternelle. On a choisi la section pédagogique. Cela fait quand même beaucoup comme coïncidences. Un jour je lui ai demandé pourquoi elle a choisi la section pédagogique et elle m’a répondu : « Pour rien ». Je ne l’ai pas lâchée, j’ai insisté en lui disant que ce n’est pas normal. Elle m’a donné des explications pas trop claires.

Souvent elle me reproche d’être un peu méfiante envers les nouveaux amis. Ma sœur m’a dit une fois de me méfier des nouveaux amis. Elle m’a dit qu’il faut faire confiance aux amis avec qui on a commencé depuis la maternelle ou à la limite le primaire car nous les connaissons biens. C’est pourquoi BOYI me reproche d’être méfiante envers les nouveaux amis. J’en choisi les plus simples et les plus ouverts. Je suis encore plus sévère quand il s’agit de filles. Je n’aime pas les filles agitées et hypocrites. BOYI aussi, d’ailleurs. Je peux même me permettre de dire qu’on voit le monde presque d’un même œil. Je dis ça parce qu’elle partage très souvent mon point de vue. Je lui fais part de mes idées et quand elle n’est pas d’accord avec quelque chose que j’ai fait, elle me le fait savoir. Elle se fâche même contre moi s’il le faut. La dernière fois c’était si je ne me trompe pas, en 2015, je ne me rappelle plus ce que j’avais dit.

J’ai remarqué quelque chose chez BOYI cette année. Autrefois elle était très timide à l’école. Elle ne parlait même pas. Souvent je la forçais à lever le doigt. Mais cette année, elle parle beaucoup en classe. Je crois que c’est à cause de sa voisine de devant. Je m’abstiens de citer son nom. Elle commence aussi à participer au cours sans qu’on le lui demande.

Avant elle n’aimait pas traîner avec les garçons. Elle n’était pas une très grande fan de l’amitié entre filles et garçons. Lorsqu’on formait des groupes de travail en classe, elle aimait être dans des groupes où il n’y a que des filles. Souvent elle finissait par se retrouver dans un groupe où il y a aussi des garçons, à cause de moi. Moi, j’aime la diversité. Maintenant, elle cause avec les garçons, elle travaille avec eux, elle se sent même à l’aise parmi eux. Je suis heureuse quand je vois cela.

Quand je croise quelqu’un pour la première fois, soit il me plait, soit ce n’est pas le cas. Si je rencontre quelqu’un et que mon cœur me dit de faire attention, je prends mes distances. J’ai rencontré une fille cette année. Dès que je l’ai vue pour la première fois, j’ai directement su qu’il y a un truc qui cloche chez elle. J’ai essayé de garder mes distances. Les autres me disaient que ce n’est pas gentil. Ils me demandaient pourquoi je le faisais cela. Je leur expliquais mais ils ne comprenaient pas.  BOYI me comprenait parce qu’elle ressentait la même chose que moi. Elle sait aussi que mon cœur ne se trompe que très rarement. Quelques temps après, cette fille s’est révélée être une mauvaise fille, hypocrite et de mœurs légères.

Il m’arrive aussi de voir quelqu’un que je ne connais pas mais que j’apprécie. Cette année par exemple, il y a une des nouvelles élèves que j’ai beaucoup. Dès que je l’ai vue pour la première fois, j’ai directement su que c’est une bonne personne. Je ne sais pas pourquoi mais je l’ai senti au plus profond de moi. Je vais vous dire son nom. Elle s’appelle Bénie EBOS. BOYI aussi l’apprécie. Elle trouve que c’est quelqu’un de bien.

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai choisi de parler d’elle. D’abord parce que c’est ma meilleure amie ensuite parce que je l’aime beaucoup. Elle a un bon caractère. Elle est cool, gentille et douce. Quoi que tu dises ou quoi que tu fasses, elle ne réagit jamais avec brutalité. Elle n’est pas irascible. Elle a un bon comportement. Vous savez comment j’ai fait la connaissance de BOYI ? Non ? J’en étais sûre. Je vais donc vous raconter comment je l’ai connue. Nos familles se connaissent depuis longtemps, même avant notre naissance. Quand maman a repris les études de graduat en 2003, elle n’avait personne pour nous garder mon frère Elie et moi à la maison. J’avais deux ans et mon frère jouait avec Divine, la sœur de Ruth BOYI. Ils étaient dans la même classe. Moi je jouais avec BOYI. On jouait le plus souvent à cache-cache et on jouait aussi avec des poupées. BOYI avait beaucoup de poupées. Elle avait aussi une maison de poupées avec tout dedans. Quand on jouait dans la chambre, on en profitait pour entrer et sortir par la fenêtre. C’était très amusant. BOYI avait une tante nommée Myriam. Quand elle était là, on mangeait sans problème parce qu’elle avait l’habitude de nous faire peur avec la toile d’araignée. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai encore des souvenirs frais.

Quand j’ai atteint l’âge de trois ans, mes parents m’ont inscrite à MOLONGI « Le Champion ». C’est une école à Yolo Nord. A l’époque, « Les Gazelles » n’avait pas encore la première et la deuxième maternelle. J’aimais beaucoup aller à l’école mais un jour je ne voulais plus y aller. C’était durant ma deuxième année à MOLONGI. Les étudiants étaient venus sortir les élèves. Ils avaient grevé et ils ne voulaient pas non plus que les élèves étudient. Les parents avaient repris leurs enfants à temps. Moi on n’était pas venu me chercher. J’étais restée seule avec les maîtresses. Maman était venue me chercher en retard. Quand je suis rentrée à la maison, j’ai dit que je ne vais plus aller à l’école. J’étais énervée. Ce n’est que l’année suivanteque j’ai repris le chemin de l’école. Mais cette fois-ci, j’étais inscrite aux Gazelles en troisième maternelle. J’ai rencontré beaucoup d’amis. Certains ont déjà quitté.

J’étais beaucoup avec BOYI en maternelle parce que je la connaissais déjà. J’avais aussi un autre ami, MUTIYA. On partageait une même table avec deux autres camarades. Je dessinais parfois pour lui. Madame NTUMBA me défendait de le faire mais je n’écoutais pas jusqu’à ce qu’elle me change de place.

En première primaire, j’avais rencontré un nouvel ami, MUTOMBO. On était aussi avec lui en maternelle. Je l’aime bien mais BOYI ne l’apprécie pas autant que moi. En troisième primaire, on était maintenant à trois : BOYI, TSHIMUNGU et moi. On était toujours ensemble à la récréation. On se promenait partout dans la cour et on avait l’habitude de s’asseoir sur le tronc du manguier. Il y avait un petit creux dans ce tronc et on s’asseyait dedans.

En cinquième primaire, TSHIMUNGU n’était plus avec nous. Et on a reformé le duo du départ. Cette année en troisième HP, je traîne toujours avec BOYI. Je suis aussi avec KABAMBA, BIDUAYA et EBOS.

Un jour à la récré, nous étions cinq : BOYI, KABAMBA, BIDUAYA, MASSIVI et moi. Nous avons parlé de la cérémonie de mariage. Chacune disait comment va se passer son mariage. Moi j’avais dit que je suis tentée par les mariages en plein air. BOYI avait dit que son mariage sera au bord de la mer et qu’elle passera sa lune de miel à Paris parce que c’est la ville des amoureux. Moi, j’irai à Rio de Janeiro pour ma lune de miel. J’ai toujours aimé cette ville du Brésil.

Une fois, BOYI m’a demandé ce que je sais faire dans la vie à part ce que j’ai appris à l’école. J’étais restée figée comme un piquet. Elle m’a dit que je sais faire plusieurs choses comme par exemple cuisiner.

Après l’école, à l’université BOYI compte faire des études de droit. Moi aussi. Mais ne pensez pas que je la suis dans ses décisions. C’est tout à fait le contraire. Elle sera magistrat et moi avocate.

Mes parents m’ont conseillé cette profession parce qu’ils me jugent capable de l’exercer et pensent que j’ai le potentiel pour ce métier. Je suis passionnée de Droit depuis ma plus tendre enfance. Je crois que je suis faite pour devenir avocat. Je dis ça parce que j’ai une âme de défendeur, de plaideur. Plusieurs personnes me le disent, même mon frère et ma sœur le pensent. Le métier d’avocat présente des risques bien que ce soit un métier honorable. Il peut arriver que l’avocat ait à défendre une personne coupable, ce qui n’est pas toujours évident alors que le but de la profession est de faire régner la justice. Certaines personnes n’arrivent pas à comprendre cette facette de la profession. C’est ça qui les incite à blâmer les avocats, voire haïr la profession. Mais comme l’avocat a le devoir de défendre le droit de l’homme, il est obligé de plaider même pour les coupables. En outre, il ne cherche pas à les acquitter de leurs charges mais du moins à réduire leurs peines dans certains cas.

A côté de ce désavantage, il y aussi d’autres inconvénients comme :

  • Le salaire est très variable
  • Les études sont complexes et longues
  • Trop de travail
  • Il faut maintenir sa clientèle.

En revanche, le métier d’avocat a aussi des avantages, à savoir :

  • Un avocat gagne bien sa vie suivant sa carrière, ses objectifs
  • Selon la spécialité, on peut beaucoup voyager
  • Ce n’est pas monotone car les dossiers sont divers et variés (les crimes, les divorces, etc.)

La profession d’avocat présente aussi des dangers tels que le stress et les risques psychosociaux. Le stress lié à la profession d’avocat est dû plus spécifiquement au poids de leurs responsabilités juridiques et vis-à-vis de leurs clients, et à la surcharge de travail.

Le lundi 21 décembre 2015, notre classe est allée à la ferme de Madame Pauline à BIBWA, dans la commune de NSELE.

Le matin nous sommes d’abord allés à l’école. Après le salut au drapeau, nous sommes allés en classe. Nous avons donné l’argent à Madame Pauline puis nous sommes allés dans la grande cour. Nous avons prié puis nous sommes partis. Nous devions prendre le bus à KAPELA, alors nous avons emprunté l’avenue BUKAVU puis nous sommes sortis sur KIMWENZA. Nous avons marché jusqu’à KAPELA où nous avons pris un bus. Nous avons emprunté la route de MOMBELE jusqu’à la douzième rue. Nous sommes sortis sur le boulevard LUMUMBA puis nous avons continué tout droit jusqu’à BIBWA.

Dans le bus j’étais assise à côté de BOYI. On causait. Je lui ai dit que la journée-là n’était pas comme je l’avais imaginée. Elle ne l’avait pas imaginée ainsi. Arrivés là-bas, nous avons marché jusqu’à la ferme.

Les autres étaient déjà très loin. Nous on marchait à l’arrière. Le trajet était long et la route sablonneuse. Nous avons traversé deux rivières et les ponts étaient des troncs d’arbres. Le premier était le tronc d’un palmier. Nous devrions marcher dessus en équilibre. La rivière était large. Je ne sais pas de quel arbre était le deuxième tronc, mais il était très mince. Ce devait être le tronc d’un avocatier ou d’un oranger. La rivière n’était pas assez large. Nous avons tellement marché que nous étions épuisés.

Arrivés à la ferme, nous nous sommes reposés. Après nous nous sommes changés. Puis nous avons assisté au brûlage et au dépeçage d’un porc. Nous avons aussi vu comment on nourrissait les porcs. Après nous avons porté des bambous. Nous avons clôturé la ferme. Le but était de creuser des trous et d’y enfoncer les bambous et ensuite d’attacher d’autres bambous horizontalement sur les autres à l’aide de fils.

Les filles ont beaucoup travaillé plus que les garçons qui ne faisaient que jouer. Madame MUADI a dit aux filles d’aller se reposer et aux garçons de rester travailler. Nous avons exfolié le pondu puis nous sommes allées nous baigner dans la rivière. On a joué dans l’eau. C’était trop bien. Madame MUADI est venue nous dire de sortir de l’eau pour que les garçons se baignent aussi. On a refusé mais elle nous a forcées. C’était tellement bien dans l’eau qu’on n’avait pas envie de sortir.

Quand nous sommes sorties, les garçons sont allés se baigner. Nous nous sommes changées, puis on a commencé à manger. Les garçons aussi ont fini et se sont changés puis ils ont commencé à manger. Puis on a prié et nous sommes partis. Madame Pauline nous pressait parce qu’il était déjà 17 heures et on avait un long trajet à parcourir.

Nous avons encore marché et traversé les deux rivières. Quand nous sommes arrivés à l’arrêt, nous étions encore épuisés. BOYI m’a acheté de l’eau et on a bu. Nous avions attendu madame Pauline et Madame MUADI qui venaient en voiture.

Quand elles sont arrivées, nous avons pris place dans le bus avec madame MUADI. MUTIYA et NGANGA sont montés avec madame Pauline dans sa voiture car ils habitent non loin de chez elle.

Nous avons fait le même chemin. Certains sont descendus en cours de route et d’autres sont descendus au terminus, à KAPELA. Puis chacun est rentré chez soi. Il faisait déjà noir. Je suis arrivée à la maison à 18h57.

Quand je suis arrivée à la maison, maman n’était pas encore là. J’avais hâte de lui raconter comment s’est passée la sortie. Toute la classe a aimé cette sortie. Ça dépasse la sortie à l’Académie des Beaux-Arts, la sortie chez maître LIYOLO, la sortie au jardin botanique, la sortie au jardin zoologique, la sortie aux musées nationaux, bref, ça dépasse toutes les sorties de classe que j’ai effectuées.

Le jour suivant, c’était l’école. Le matin, BOYI est venue à la maison, elle m’a remis mon pantalon qu’elle avait gardé pour moi, puis on est allé à l’école. En classe, on a répété le chant qu’on avait prévu de chanter le jour de Noël à l’école. C’est TSHIMUNGU qui avait emmené le chant « Peuple fidèle ». C’est aussi elle qui dirigeait les répétitions.

Les garçons ne répétaient pas avec nous. Ils ne voulaient pas chanter. Seulement, MUTOMBO, MPANI, BITULU et LUKANGA qui chantaient. Le jour de Noël, notre classe avait bien chanté plus que tout le secondaire, malgré que la plupart des garçons ne chantaient pas.

BOYI, EBOS et moi chantons souvent pendant les récréations et les pauses. On chante du Gospel. On aime surtout la chanson « Comment expliquer ». Quand on n’a rien à faire, on allait souvent à la grande salle pour jouer au piano. On y va plus parce que c’est devenu ennuyeux.

Un jour quand j’étais en troisième primaire, j’ai appris une mauvaise nouvelle. Le matin quand je suis arrivée à l’école, j’ai vu beaucoup d’élèves du secondaire sous le pommier. Certains pleuraient. Je ne savais pas ce qui se passait. Je me suis renseignée et j’ai appris que le père de TSHIMUNGU était mort. J’étais triste. Quand je suis rentrée à la maison, je l’ai dit à maman. Je ne me rappelle plus ce qu’elle a dit ce jour-là. Quelques jours après on a pris en classe, quelques amis de TSHIMUNGU pour aller au deuil. Il y avait BOYI, KABENGA, MOI, … Je pense qu’on était au nombre de cinq. Le deuil était à la Communauté Presbytérienne de Kinshasa (CPK). On n’avait pas vu TSHIMUNGU parce qu’on était restés dehors. Le corps était exposé dans l’église mais il y avait aussi des gens dehors. Là-bas, j’ai vu des gens que je connaissais. Quelques temps après, on a appris la mort du père de NDJAMA.

BOYI est une personne bien. Parfois je me demande ce que notre amitié va devenir quand on va finir l’école. Est-ce qu’on va encore se voir régulièrement ? Et avec les exigences des études supérieures, est-ce qu’on aura encore le temps de se parler comme avant ? Je n’en sais rien. Je crois que j’ai une petite idée. Après l’école, si on a la chance d’aller à une même université, on pourrait peut-être se voir après les cours. Il y a une chance sur dix. J’aurai ses coordonnées et elle aura les miennes. On pourra alors se contacter. Tout ceci est bizarre. L’école a été une des choses qui a renforcé nos liens. Je crois qu’on va s’en sortir sans elle. Quand je dis ça, je pense à Maman KADDY. C’est une des amies d’enfance de maman. Et tonton Kiki aussi. Ils ont tous trois étudié ensemble au secondaire ils ne sont pas allés dans une même université. N’empêche qu’ils se contactent toujours. Maman KADDY habite non loin de chez nous. Maman va très souvent là-bas. Nous aussi on va là-bas. Cette relation me donne de l’espoir. J’aimerais que nous aussi (BOYI et moi), quand nous allons grandir, que nous restions amies et que nos enfants soient aussi de bons amis.

 

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